L’origine de l’artillerie au Québec

(par le Colonel Richard Garon - Octobre 2016)

En 2017, le Canada fêtera ses 150 d’existence. Pour la mémoire humaine qui a tendance à oublier rapidement, il s’agit d’une longue période. Cependant, comparativement à l’histoire riche de l’artillerie au pays, c’est bien peu. Cet article a pour but de souligner cette longue tradition de l’artillerie au Québec.

Dans moins d’un an, la 57e Batterie, la sous-unité sénior du Régiment royal d’artillerie canadienne souffleront ses 162 bougies. Par ailleurs, en 2017, la plus ancienne unité des Forces armées canadiennes, le 2e Field Artillery Regiment, RCA[1], aura 161 ans, alors que le 6e Régiment d’artillerie de campagne aura tout juste 118 années, le 62e Régiment d’artillerie de campagne de Shawinigan aura vue 71 printemps, alors que le 5e Régiment d’artillerie légère du Canada aura tout juste 49 ans.

Figure 1 - Interprétation artistique de la démonstration d’artillerie effectuée à Gaspé par Jacques Cartier en 1534.

Figure 1 - Interprétation artistique de la démonstration d’artillerie effectuée à Gaspé par Jacques Cartier en 1534.

Malgré cette longue tradition, les artilleurs de ces unités de l’Armée canadienne ne sont pas les seules à avoir manié les canons au fil des ans dans la province de Québec. Les premiers rugissements de bouches à feu reconnus par l’histoire se firent entendre dès 1534 à Gaspé par l’équipage de Jacques Cartier. Ces canons d’une à deux livres montés sur les navires européens étaient alors maniés par les marins. Cette salve n’avait pour but que d’impressionner Donnacona, le chef du village huron de Stadaconé (Québec).

Lors du troisième voyage de Cartier en 1541, il fait construire une palissade en bois autour de son établissement de Québec pour rassurer ses troupes. Cette enceinte était armée de douze canons légers de une à deux livres temporairement démontés des navires. Ces bouches à feu sont toujours maniées à ce moment par les marins de Cartier.

La fondation de Québec par Samuel de Champlain est marquée principalement par la construction de son Habitation et plus tard, du Fort Saint-Louis. Cinq canons de cuivre et ce qui est décrit comme étant quelques pétards de fonte de 44 livres défendent ces premières fortifications. Il n’y a toujours pas d’artilleurs professionnels à Québec durant cette période. D’ailleurs, depuis l’apparition du terme « artilleur » au XIIIe siècle désigne les artisans, c’est-à-dire les fabricants d’armes et équipements de guerre. Ces artisans étaient peu nombreux et la plupart du temps, les canons étaient utilisés par des marins ou des fantassins ayant quelques connaissances dans le domaine. À Québec, les canons sont d’ailleurs maniés et entretenus pendant longtemps par les marins et les gardes personnels du gouverneur français. Jusqu’en 1665, ces gardes au nombre variant entre trois et quatorze, étaient les seuls soldats professionnels français au pays.

Figure 2 - Interprétation artistique du Fort Charlesbourg royal en 1541 à Cap-Rouge.

Figure 2 - Interprétation artistique du Fort Chalesbourg royal en 1541 à Cap-Rouge.

À l’époque, la menace principale provient des premières nations amérindiennes qui se défendent contre l’invasion européenne. Les dangers, les embuscades et les attaques ponctuelles contre les pionniers français sont constantes, mais les guerriers amérindiens apprennent rapidement à éviter les places fortes défendues par des canons. Durant cette période hasardeuse, les forts et les canons étaient toujours prêts à être utilisés. D’ailleurs, la relève et la retraite de la garde de nuit étaient marquées par des coups de canon de la forteresse. Ces coups servaient à deux buts pratiques. Ils signalaient à la garnison et à la population civile que les portes de la forteresse allaient se fermer. Il était donc temps de se retirer à l’intérieur du fort pour être protégé durant la nuit. Cette pratique confirmait aussi que la poudre était sèche et que la forteresse était en état de défense convenable. Cette tradition fut perpétuée pendant plusieurs siècles avant de disparaître à Québec durant les années 1990. Lors du trois centième anniversaire de Québec en 2008, cette tradition fut ranimée et demeure en place encore de nos jours.

Figure 3 - Impression artistique de l’Habitation de Champlain en 1608.

Figure 3 - Impression artistique de l'Habitation de Champlain en 1608.

L’artillerie est également présente lors des invasions des frères David, James, Jean, Louis et Thomas Kirke en 1628 et 1629. Ces aventuriers français nés à Dieppe à la solde de l’Angleterre se présentent à deux reprises à Québec. En 1629, ils disposent de neuf navires, 150 soldats et 22 canons[2]. La défense de Champlain est mal préparée et se trouve dans une position intenable. Il n’y a que peu de vivres pouvant permettre de subir un siège prolongé, mais pire, l’artillerie est sans provisions. Il décide de se rendre à Louis et Thomas Kirke le 19 juillet.

L’occupation anglaise de Québec n’est pas de tout repos. La famine qui faisait déjà souffrir les habitants de la ville sous l’administration de Champlain continue de faire rage. Les corsaires œuvraient cependant sans les lettres patentes officielles du roi d’Angleterre et la paix avait été annoncée avec la signature du traité de Suse en avril 1629, donc avant la prise de Québec. L’occupation sera donc jugée illégale la colonie de la Nouvelle-France est restituée au royaume de France en 1632. Champlain revient comme gouverneur le 22 mai 1633 à Québec. À cette occasion, il est accueilli par une salve d’honneur tirée par les canons de Québec. Cette tradition de saluer les navires par des tirs de canon a été perpétuée jusqu’à tout récemment.  

À suivre…

Figure 4 - Impression artistique de la reddition de Champlain aux frères Kirke en 1629.

Figure 4 - Impression artistique de la reddition de Champlain aux frères Kirke en 1629.


[1] Sur ce sujet, un mythe persistant voulant que le Canadian Grenadier Guards (alors le First Battalion Volunteer Militia Rifles of Canada) détienne ce titre. Cependant, cette unité a été formée le 17 novembre 1859, alors que le 2e Field Artillery Regiment, RCA (Battalion of Montreal Artillery) a été officiellement créé le 27 novembre 1856.

[2] Oui, l’histoire est ainsi faite! Il y avait bien 21+1 canons. Des coïncidences historiques de ce genre, ça ne s’invente pas!